La fiscalité marocaine évolue chaque année, et 2026 ne fait pas exception. Parmi les mécanismes les plus structurants pour les entreprises, la retenue à la source occupe une place centrale. Que vous soyez dirigeant d’une PME, prestataire de services ou responsable comptable, comprendre comment ce dispositif fonctionne est indispensable pour rester en conformité et éviter des sanctions qui peuvent peser lourd sur votre activité.
La retenue à la source au Maroc a connu des élargissements significatifs avec la Loi de Finances 2026. De nouveaux cas sont apparus, certains taux ont évolué, et les obligations déclaratives se sont précisées. Ce guide vous donne une vision complète et à jour de la situation.
Qu’est-ce que la retenue à la source ?
La retenue à la source est un mécanisme par lequel une partie de l’impôt est prélevée directement à la source du paiement, avant même que le bénéficiaire ne perçoive les fonds. Autrement dit, c’est le payeur (l’entreprise, l’établissement financier ou l’employeur) qui collecte l’impôt pour le compte de l’État, puis le reverse à l’administration fiscale.
Ce système présente un double avantage : il garantit à l’État un recouvrement rapide et fiable de l’impôt, et il simplifie, en théorie, les obligations du bénéficiaire qui n’a pas à gérer lui-même le paiement de cet impôt dans certains cas.
Principe de fonctionnement
Le fonctionnement est relativement simple. Prenons un exemple concret : une entreprise verse des honoraires à un prestataire indépendant. Au lieu de lui verser le montant brut intégral, elle retient un pourcentage (le taux applicable selon la nature de la prestation), le verse directement à la Direction Générale des Impôts (DGI), et ne paie au prestataire que le montant net.
Ce montant retenu constitue une avance sur l’impôt du bénéficiaire. Il est ensuite imputable sur l’Impôt sur le Revenu (IR) ou l’Impôt sur les Sociétés (IS) définitif que ce bénéficiaire devra déclarer en fin d’exercice. Si la retenue dépasse l’impôt réellement dû, un remboursement est possible.
Qui est concerné ?
La retenue à la source concerne plusieurs catégories d’acteurs :
- Les entreprises qui versent des honoraires ou des rémunérations de prestations à des tiers
- Les établissements de crédit et organismes assimilés
- Les entreprises réalisant un chiffre d’affaires égal ou supérieur à 50 millions de dirhams (MDH), nouvellement incluses en 2026
- Les employeurs, pour certains revenus salariaux spécifiques
- Les personnes versant des revenus mobiliers (dividendes, intérêts, etc.)
- Toute entité qui verse des revenus à des non-résidents
Les cas courants de retenue à la source au Maroc
Prestations de services
La Loi de Finances 2026 a élargi le champ de la retenue à la source aux rémunérations des prestations de services rendues par des personnes morales aux établissements de crédit, aux organismes assimilés, aux entreprises d’assurance et de réassurance, ainsi qu’aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires égal ou supérieur à 50 millions de dirhams.
C’est un changement structurel. Auparavant, cette obligation ne concernait qu’un périmètre plus restreint. Désormais, les grandes entreprises et les acteurs financiers sont systématiquement redevables de cette retenue sur les prestations qu’elles commandent.
Honoraires
Les honoraires versés à des professionnels libéraux (avocats, experts-comptables, consultants, médecins, architectes, etc.) sont soumis à la retenue à la source. Le taux applicable varie selon la nature de la prestation et le statut du bénéficiaire. Cette catégorie est parmi les plus fréquentes dans la pratique quotidienne des entreprises marocaines.
Revenus versés à des non-résidents
Les paiements effectués au profit de personnes ou sociétés non établies au Maroc font systématiquement l’objet d’une retenue à la source. Cela inclut les redevances, les honoraires, les loyers, et d’autres types de rémunérations. Les sociétés non résidentes sans établissement stable au Maroc qui réalisent des cessions d’immeubles sur le territoire national doivent désormais déposer une déclaration spécifique et simplifiée par voie électronique dans les trente jours suivant le mois de la cession, assortie du versement simultané de l’IS correspondant.
Revenus mobiliers
Les revenus mobiliers regroupent principalement les dividendes et les produits de placements à revenu fixe. En 2026, le taux de retenue à la source sur les dividendes atteint 10 %, marquant l’aboutissement d’une réduction progressive entamée depuis 2023 où le taux était de 13,75 %.
Le taux de retenue à la source sur les produits des actions s’établit à 11,25 % pour les distributions effectuées en 2026, avant de passer à 10 % en 2027. Les produits de placements à revenu fixe (bons du Trésor, obligations, comptes bloqués, etc.) sont également soumis à retenue, selon des taux propres à chaque catégorie.
Location immobilière : la grande nouveauté 2026
La Loi de Finances 2026 a élargi l’application de la retenue à la source aux produits de location de biens immeubles bâtis ou non bâtis ainsi que des constructions, versés aux personnes morales assujetties à l’IS et aux personnes physiques relevant de l’IR selon le régime du résultat net réel ou simplifié. Cette retenue est calculée au taux de 5 % du montant hors TVA et entre en vigueur à compter du 1er juillet 2026.
C’est l’une des mesures les plus marquantes de l’année. Les bailleurs qui perçoivent des loyers de la part d’entreprises ou de professionnels devront désormais composer avec cette nouvelle retenue.
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Tableau récapitulatif des principaux taux de retenue à la source au Maroc en 2026
| Catégorie de revenu | Taux applicable | Observations |
|---|---|---|
| Dividendes (distributions 2026) | 11,25 % | Passage à 10 % prévu en 2027 |
| Produits de placements à revenu fixe | 20 % (libératoire) ou 30 % | Selon le statut du bénéficiaire |
| Honoraires et prestations de services | Variable (10 % à 30 %) | Selon la nature et le statut |
| Loyers versés à des professionnels (IS/IR RNR-RNS) | 5 % HT | Applicable à partir du 1er juillet 2026 |
| Revenus versés à des non-résidents | 10 % à 30 % | Selon la nature du revenu et la convention fiscale |
| Gains de jeux de hasard en ligne (source étrangère) | 30 % | Versement avant fin du mois suivant |
Comment déclarer la retenue à la source en 2026
Procédure de déclaration
Toutes les déclarations liées à la retenue à la source se font désormais obligatoirement par voie électronique, via les téléservices de la DGI. La plateforme principale est SIMPL (accessible sur tax.gov.ma), qui propose des modules spécifiques selon la nature des revenus déclarés : SIMPL-IR pour les revenus des personnes physiques, SIMPL-IS pour les sociétés, etc.
Pour les personnes chargées d’opérer la retenue à la source sur les nouveaux produits de location, un état des produits concernés doit être joint à la déclaration, selon un modèle établi par l’administration fiscale.
Délais à respecter
Les délais varient selon la nature des revenus. Voici les échéances clés à ne pas manquer en 2026 :
- Mensuel : pour la plupart des retenues opérées sur les rémunérations versées au cours du mois, la déclaration et le versement doivent intervenir avant la fin du mois suivant.
- 2 mars 2026 : la DGI a rappelé aux contribuables concernés que cette date constitue le délai butoir pour la transmission de plusieurs déclarations annuelles au titre de l’année 2025, les démarches s’effectuant obligatoirement par voie électronique via les téléservices SIMPL-IR.
- 1er avril 2026 : la DGI a confirmé que cette date est le dernier délai pour le dépôt de plusieurs déclarations fiscales annuelles au titre de l’année 2025, notamment pour les sociétés soumises à l’IS, les intermédiaires financiers, et les contribuables ayant subi la retenue à la source prévue à l’article 174 du Code Général des Impôts.
- 30 jours suivant le mois de cession : pour la retenue sur les plus-values immobilières des non-résidents.
Modalités de paiement
Le paiement s’effectue en ligne, via les téléservices de la DGI, de façon simultanée au dépôt de la déclaration. Pour les gains de jeux de hasard en ligne de source étrangère, le montant prélevé doit être reversé à l’administration fiscale par voie électronique, au plus tard à la fin du mois suivant celui de la retenue, conformément au modèle fixé par l’administration.
La retenue opérée est ensuite imputable sur l’impôt final dû par le bénéficiaire. Si le montant retenu excède l’impôt réel, une demande de restitution peut être introduite auprès de la DGI.
Assurez-vous de respecter vos obligations fiscales pour éviter les pénalités.
Erreurs fréquentes à éviter
Mauvaise application du taux
C’est l’erreur la plus répandue. Chaque catégorie de revenu a son propre taux, et certains taux évoluent d’une année à l’autre. Appliquer le taux de 2024 sur une opération 2026, ou confondre le taux sur les dividendes avec celui applicable aux honoraires, peut entraîner un redressement fiscal. Les contribuables soumis à une retenue à la source aux taux non libératoires de 10 ou 15 % doivent souscrire la déclaration annuelle du revenu global et procéder à l’imputation de l’impôt prélevé à la source sur le montant de l’IR global, en versant le cas échéant le complément d’IR calculé selon le barème progressif.
Il est donc essentiel de distinguer si le taux appliqué est libératoire (il solde définitivement l’impôt) ou non libératoire (une régularisation annuelle reste nécessaire).
Oubli de déclaration
Ne pas déclarer une retenue opérée est une faute grave aux yeux de la DGI. Même si aucun versement n’est dû (parce que le montant retenu correspond exactement à l’impôt), l’obligation déclarative subsiste. Les propriétaires ou usufruitiers de biens immobiliers générant des revenus fonciers imposables à l’IR sont concernés, même lorsque le montant annuel n’excède pas 40 000 dirhams. L’absence de déclaration expose à des majorations et pénalités de retard.
Confusion avec d’autres taxes
La retenue à la source n’est pas une taxe supplémentaire : c’est une avance sur impôt. Elle se distingue de la TVA (qui s’applique à la valeur ajoutée et est récupérable), de la contribution sociale de solidarité (CSS), et de la cotisation minimale. Certains dirigeants confondent parfois la retenue à la source IS avec la TVA auto-liquidée sur les prestations reçues de non-résidents, ce qui peut créer des doubles comptabilisations ou des omissions.
Il faut aussi distinguer soigneusement la retenue à la source opérée par l’entreprise (en tant que débiteur) de celle qu’elle subit en tant que bénéficiaire. Ces deux flux doivent être correctement enregistrés et déclarés de façon distincte.
Ce que 2026 change concrètement pour les entreprises
La Loi de Finances 2026 élargit le filet de la retenue à la source de façon notable. Trois points méritent une attention particulière :
1. Les grandes entreprises sont désormais redevables sur les prestations de services qu’elles reçoivent de personnes morales, dès lors qu’elles dépassent le seuil de 50 MDH de chiffre d’affaires.
2. Les bailleurs professionnels qui perçoivent des loyers d’autres entreprises ou de professionnels (régime RNR/RNS) sont désormais soumis à une retenue de 5 % à partir du 1er juillet 2026. Cette mesure modifie les pratiques comptables pour de nombreuses entreprises qui gèrent un patrimoine immobilier professionnel.
3. La déclaration électronique est généralisée. Toutes les démarches passent par les plateformes SIMPL de la DGI. Le recours au papier n’est plus une option valable.
Ces changements demandent une mise à jour des procédures internes, notamment au niveau du service comptable ou du cabinet d’expertise comptable qui accompagne l’entreprise.
La retenue à la source est une obligation fiscale structurante pour toute entreprise active au Maroc. Bien la gérer, c’est protéger sa trésorerie, éviter les pénalités, et construire une relation saine avec l’administration fiscale. Les évolutions apportées par la Loi de Finances 2026, notamment l’extension aux locations immobilières et l’élargissement aux grandes entreprises pour les prestations de services, montrent que ce mécanisme est appelé à prendre encore plus de place dans la gestion fiscale quotidienne.
Prendre le temps de comprendre les taux applicables, les délais à respecter et les erreurs à éviter, c’est investir dans la sécurité de son activité.
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